Passage de Saint Bertrand de Comminges
Réaffirmation des miracles de saint Bertrand de Comminges (1628 : Tableau des Miracles ; 1686 : Installation d’une relique)
- 11 juin 1628. Restauration du tableau représentant les miracles de Mr Saint Bertrand en vallée d’Azun daté de 1310 en lettres anciennes (Source. Registre de la fabrique d’Arrens. Fonds documentaires de la Société des Sept Vallées. Copie d’un acte passé par devant Misté, notaire, le 11 juin 1628, f° 319v°)
« Mtres Pierre Daraigny, Mathieu Clerc, prêtres hebdomadaires [ ?] et prébendiers dans l’église cathédrale de Saint-Bertrand de Comenge, lesquels ayant charge des Messieurs du chapitre dudit Comenge, ont emprunté un tableau où est figuré et dépeint partie de l’histoire des miracles de M. Saint Bertrand, notamment ceux qu’il fit en la vallée d’Azun, cotté de mil trois cents dix ans en lettres anciennes.
Lequel tableau, le susdit Daraigny et du Clerc ont confessé avoir pris et reçu des mains de messieurs Darrette [?] et autres ecclésiastiques, consuls et autres habitants, pour icelui tableau mettre en net. Et ont promis et promettent de le remettre dans un an prochain venant, sous hypothèque et obligations de leurs biens qu’ils ont soumis aux rigueurs de justice. Et ainsi l’ont promis et juré. Présents Mtre Bernard Casaneufve, écolier, Jean Feusans soussignés avec les parties. Signent : Darrainy [?], M. Clerc, Pageson, Massot, Casaneufve, Feusans, Misté notaire. »
Un des deux tableaux conservés dans la salle du conseil municipal de la commune d’Arrens peut-il être une copie du tableau « restauré » à Saint-Bertrand en 1628, et restitué en 1629 après sa restauration ?
On peut encore observer derrière l'autel des reliques de St bertrand un panneau peint qui figure l'épisode de la queue de la mule et le tribut du beurre par les habitants du Val d'Azun.
- 23 juin 1629. Quittance de la remise du tableau de saint Bertrand après restauration.
Dans la marge de l’acte du 11 juin 1628, à la date du 23 juin 1629, est donnée quittance de la remise du tableau restauré en ces termes : « Le 3 juin 1629, Mtre Pierre Daraigny et Mathieu Clerc prêtres hebdomadaires [? Mot difficile à déchiffrer] et prébendiers de l’église cathédrale de St Bertrand de Comenge ont remis le tableau de l’histoire des miracles que Monsieur St Bertrand fit en Labat d’Azu en mains de messieurs Darrette [mot difficile à déchiffrer ?] et autres ecclésiastiques, consuls et autres habitants dudit lieu d’Arrens à quoi lesdits sieurs Daraigny et Clerc s’étaient obligés de mettre au net, à quoi ils ont satisfait ; moyennant ce, ledit acte a été cancellé et annulé avec le consentement de toutes les parties et se sont soussignées. [Quatre signatures :] Pageson, Darraigny, Massot, Clerc. (Voir aussi, plus bas -4 mai 1686-, l’acte de remise d’une relique de saint Bertrand à la vallée. Les documents ne précisent pas si cette précieuse relique était conservée dans l’église paroissiale d’Arrens ou dans la chapelle de Poueylaün).
- 4 mai 1686. Don d’une relique de saint Bertrand à la vallée d’Azun par Louis de Rechignevoisin, évêque de Comminges, obtenue à la suite d’une remarquable prédication de Me Pierre Cazeneuve d’Arrens en la cathédrale de Saint-Bertrand de Comminges (Source. Archives de la Haute-Garonne. Fonds de Saint-Bertrand)
« En l'année 1686, il y eut Jubilé ou Grand Pardon en la Cathédrale de Comenge, le trois Mai étant tombé un Vendredi. Un prêtre azunais, Me Pierre Cazanaba [Cazeneuve], Bachelier en Théologie, avait eu l'honneur périlleux de le prêcher, et il l'avait fait avec un mérite et une piété qui lui valurent les éloges de Monseigneur de Réchigne-Voisin, Évêque de Comenge […] Tout se fit suivant les prescriptions de l'Évêque. Le Tribut de Beurre continua d'être acquitté jusqu'en 1789, quand éclata la Révolution, et même jusqu'en 1793, au dire de
M. Louis d'Agos, auteur de la Vie et Miracles de Saint Bertrand. La sainte Relique, reçue avec reconnaissance et piété, fut l'objet de la vénération générale jusqu'au jour de cette fatale Révolution qui couvrit la France de ruines et de sang. Que devint-elle pendant cette époque de troubles et de terreur ? Je n'ai pu réussir à le savoir, mais il est vraisemblable qu'elle fut brûlée par les patriotes du pays, fous de cette folie de destruction qui sévissait sur la France entière […] C'est une preuve incontestable de la réalité du Tribut de Beurre, comme celui-ci est la preuve de la mission de saint Bertrand en Azû [Azun].
Le lecteur, qui sait déjà que le Tribut de Beurre était payé par la Vallée d'Azû, se demandera peut-être pourquoi l'Évêque n'énumère pas les Communautés d'Arras et de Sirèch avec les six autres, qu'il désigne nominativement, et qui devaient faire la promesse de le continuer à perpétuité. Le motif de cette exception est curieux à connaître, et je le rapporte ici d'autant plus volontiers, que je l'ai omis en racontant comment l'Offrande avait pris naissance. Lorsque saint Bertrand [1050-1130], s'éloignant des lieux où on l'avait grossièrement outragé [devant la maison Mayelet, d’Arrens], arriva aux approches du village d'Arras, et devant la maison de Lacontre, les gens de cette maison vinrent au-devant de lui, l'accueillirent avec vénération et pansèrent sa mule mutilée [mule à laquelle on venait de couper la queue].
C'est pourquoi Bertrand, lançant l'interdit sur la Vallée, du haut d'une grosse pierre qui se voit encore dans le pré qui est devant ladite maison, excepta le village d'Arras, et avec lui, celui de Sirèch, sa colonie. Arras et Sirèch n'eurent donc pas à faire amende honorable, grâce à la piété de la famille Lacontre. Telle est la tradition qui subsiste encore à Arras. Une croix avait autrefois été gravée sur la « Pierre de l'Interdit », mais il n'en restait aucune trace lorsque je l'ai visitée en 1892… » (Source. Jean Bourdette, Annales du Labéda, t. 3, pp. 363-365).
Si on connaît le Tribut des médailles que payait la vallée d'Arrens aux Aspois en réparation d'un massacre survenu au cours d'une guerre pastorale, on connaît moins « le Tribut du beurre qu'Arrens devait payer au successeur de l'évêque du Comminges, Bertrand de l'Isle que le pape aurait envoyé en Lavedan pour négocier la paix entre Arrens et Aspe. Les habitants d'Arrens avaient accueilli le saint homme avec une brutalité sans exemple; ils l'insultèrent et coupèrent même la queue de sa mule. Dans les Pyrénées, cette mutilation rituelle était une terrible injure […] L'évêque décida alors de jeter l'interdit sur le pays : Ce ne furent que sombres nuées voilant les rayons du soleil, troupeaux stériles ou malades, femmes bréhaignes (stériles) et hommes impuissants. Pendant cinq ans, ces plaies s'abattirent sur Arrens. Finalement les habitants firent amende honorable et acceptèrent une pénitence : le beurre qu'ils produiraient le samedi avant la Pentecôte serait offert à la cathédrale de Comminges. Après la célébration de la messe, les Azunois apportaient leur tribut et recevaient en échange une piécette qui avait touché le tombeau de Saint Bertrand et qui passait pour guérir les bêtes malades. Ce Tribut du beurre fut payé jusqu'à la Révolution…» (Source. Lettre d’information des 7 Vallées, Année 2011).
Par tradition orale, cette relique aurait fait partie des reliques conservées à Poueylaün. Etaient-elles conservées dans un « des deux reliquaires argentés au travail précieux », qui se trouvaient peut-être conservés dans la sacristie ? (Source. H. d’Agrain, Arrens et la chapelle de Pouey-Lahun, Hunault, 1927, p. 70)
Voici la transcription de l’acte : « Louis de Rechignevoisin du Guron, par la providence de Dieu et la grâce du Saint-Siège apostolique, évêque de Comenge [Comminges], conseiller du Roi en ses conseils et sa cour de Parlement de Toulouse, à tous ceux qui ces présentes verront, salut en Notre-Seigneur.
Sur la requête qui nous a été présentée par Me Pierre Cazenave [Cazeneufve ou Lanusse dit Casanoue], prêtre, bachelier en théologie, député des habitants de la vallée d'Azun en Lavedan, diocèse de Tarbes, dans laquelle nous faisoit connoître la dévotion que lesd. habitans ont envers saint Bertrand à cause de la connoissance particulière qu'ils ont de la grandeur de sa sainteté, que de la protection que leurs prédécesseurs ressentirent lors même qu'il vivoit sur la terre, que par les bienfaits qu'ils en reçoivent tous les jours eux-mêmes en l'invoquant, et que pour l'entretenir et l'augmenter ils nous supplient nous et nos vénérables, frères les chanoines et Chapitre de notre église cathédrale de leur accorder un ossement du corps de saint Bertrand comme une relique qui sera désormais un sujet de leur consolation. Nous, conjointement avec nostredit Chapitre, désirant ardemment contribuer à l'entretien et à l'augmentation du culte qui est dû à ce grand saint, notre modèle et notre puissant protecteur, aurions résolu de lui accorder ledit ossement ; à cet effet, nous étant revêtu de nos habits pontificaux, nous serions transporté au-devant de l'autel sur lequel reposent ses précieuses reliques, le 4 mai 1686, sur les onze heures du matin, à l'issue de la grand-messe ; et là assisté de notre-dit Chapitre, après avoir fait chanter un motet par notre musique en l'honneur de ce saint, et dit son oraison, tout le chœur assemblé, en présence d'un grand nombre de personnes de qualité et du peuple, nous aurions fait ouvrir la chasse où son corps est renfermé et en aurions tiré une petite coste que nous aurions partagé en trois morceaux, et l'aurions mise sur un petit ruban dans une boite d'argent qui nous a été présentée par ledit sr Cazenave [Cazeneuve], et ensuite aurions fermé ladite boëte et attachée avec un ruban qui la serre par quatre endroits, et aurions fait mettre notre cachet d'un côté et celui du Chapitre de l'autre.
Quoique nous eussions eu de la joie de donner audit sr. Cazenave [Cazeneuve] celle de transporter lui-même ce précieux dépôt dans son païs, d'autant qu'il nous a fait paraître beaucoup de mérite, de piété et de zèle pour la gloire de notre saint dans la docte prédication qu'il a faite en notre présence pour l'ouverture du jubilé que nous avons eu cette année et qui se renouvelle aux premières vêpres de la fête dite de l'Apparition de saint Bertrand, toutes les fois que l'Invention de la Sainte Croix se rencontre le vendredi, faveur qui fut accordée à notre église par Clément V, d'heureuse mémoire, qui s'appeloit Bertrand de son nom de baptême, qui d'évêque de Comenge fut fait archevêque de Bordeaux, et ensuite étant devenu pape, vint honorer de sa visite notre dite église pour y faire l'élévation des reliques de ce saint. Dans laquelle prédication, ayant après (sic) avoir parlé dignement de ses louanges, il a disposé notre peuple à profiter de cette grande grâce, et quoique, comme nous disions, nous eussions souhaité de lui donner cette satisfaction, néanmoins ayant considéré que cette relique seroit reçue avec plus de magnificence, d'éclat et de gloire pour le saint si nous donnions le temps à ladite vallée de se préparer à sa réception, attendu que nous et notre Chapitre aurions accoutumé de députer tous les ans vers cette vallée pour y recevoir l'offrande du beurre qui se fait de tems immémorial par les habitans des six villages de ladite vallée, selon l'ancien usage, savoir Arrens, Marsous, Aucun, Bun, Gaillagos et Arcisas [Arcizans-Dessus], nous aurions résolu de députer cette année deux chanoines et quatre prébendiers pour lui faire ce riche présent de notre part, à la charge toutefois qu'ils ne le délivreront que sous la condition expresse que lesdits habitans entretiendront à l'avenir la coutume qu'ils ont de faire ladite offrande du beurre, qui se fait la veille de la Pentecôte dans l'étendue desdits six villages, et qu'aussi ledit Chapitre de son côté ne manquera pas tous les ans de porter de l'eau bénite dans laquelle il fera tremper, selon la coutume, l'ossement du bras de saint Bertrand, et pour la sureté de l'entretien de la susdite coutume, les susdits habitans délivreront un acte auxdits chanoines portant promesse de continuer à perpétuité ladite offrande, ne doutant pas d'ailleurs qu'en reconnoissance de ce présent les habitants de ladite vallée ne fassent toujours un accueil honorable à ceux de notre Chapitre qui auront la dévotion d'aller dans un pais que saint Bertrand honora lui-même de sa présence, de ses instructions et de ses miracles.
C'est pourquoi nous aurions fait remettre ladite boëte dans la chasse dudit saint, attendant le temps des voyages desdits chanoines et prébendiers qui s'en chargeront pour la leur délivrer ; et afin qu'ils aient cependant le plaisir de savoir que nous entérinons leur requête et qu'ils puissent avoir le temps de se préparer à la réception de cette relique, nous avons fait expédier une copie de notre présent procès-verbal pour leur être envoyé.
Fait à Saint-Bertrand, le 4e jour du mois de mai 1686.
Louis, évêque de Comenge. — Ruthie, grand-archidiacre et chanoine — Douradou, chanoine et archidiacre de Bouriac. — Ribeyran, chanoine et archidiacre d'Aure. — Darbonnenx, chanoine et grand ouvrier. — Danciondo, chanoine et précenseur. — Binos de Couret, ancien chanoine. — Regades, chanoine. — Saller, chanoine. — Combret, syndic de
MM. les prébendiers.
Le 29 mai, Mrs. de Couret et de Salern, députés pour porter la relique … ».
Passage de saint Louis Beaulieu (1840-1866), martyr en Corée
Portrait de saint Louis Beaulieu, né le 8 octobre 1840 à Langon en Gironde, mort décapité le 8 mars 1866 en Corée. Hall de la « maison saint Louis Beaulieu » de Bordeaux. Cl. F. Lalanne.
Août 1861. Visite des sanctuaires de Piétat, d’Héas et de Poueylaün par saint Louis Beaulieu (Source. L'abbé P.-G. Deydou, Biographie du bienheureux Bernard-Louis Beaulieu, prêtre de la Société des missions étrangères, mort pour la foi en Corée le 8 mars 1866 : vie et correspondances, 1894, 2ème édition, revue et augmentée, p. 149).
Le père Deydou raconte les nombreux séjours que Louis Beaulieu fit dans les Pyrénées d’où il était originaire par sa mère, Désirée Payotte, dont la famille tenait l’hôtel l’Univers à Luz. Il évoque Poueylaün à propos du voyage que Louis Beaulieu y fit en août 1861 avec deux professeurs du Petit Séminaire de Bordeaux (l’abbé Deydou et l’abbé Bareille) en ces termes :
« … Il nous nommait les pics, les gorges, les cours d'eau, les bourgades, les ruines antiques, les sanctuaires qu'il avait visités, jadis [peut-être lors de son séjour en août 1857], avec Théophile [Jean-Théophile Dondeau, né en 1829, futur curé de Saint-Martin-de-Sescas en Bazadais, neveu de Désiré Dufour, le beau-père de Louis Beaulieu] : Notre-Dame du Héas, et Notre-Dame de Piétat, et Notre-Dame de Poeylaün… ».
sur Saint-Savin :
"Au mois d'août de l'année 1861, Beaulieu, alors en vacances, remplaça pendant quinze jours, au petit Séminaire [de Bordeaux], un professeur malade. Après la distribution des prix, il partit pour les Pyrénées avec deux professeurs de ses amis. Il revit avec eux ces sites ou gracieux ou grandioses qu'il avait déjà plusieurs fois admirés: Bagnères de Bigorre, pittoresquement assise au pied des montagnes; Cauterets, et son lac de Gaube aux flots d'azur; Saint-Savin, avec son église abbatiale, d'où la vue s'étend sur la fraîche vallée d'Argelès. Là, au sein des vastes solitudes, au bruit de ces gaves qui ne se taisent ni jour ni nuit [Bossuet, Oraison funèbre de Condé], la pensée de Beaulieu s'envolait aux déserts de l'Extrême-Orient. Ces ponts formés d'un tronc d'arbre jeté sur le torrent, lui représentaient les ponts coulants en corde de bambou auxquels se suspend le missionnaire pour traverser les fleuves de la Chine; ces pics couronnés de neige et voilés souvent de nuages, étaient pour lui les pics escarpés du Thibet ou de l'Himalaya, et plus d'une fois, pendant que ses compagnons échangeaient entre eux leurs impressions rapides, lui se surprenait improvisant une prédication apostolique, ou entonnant, de sa voix la plus éclatante, un superbe Kyrie eleison."
in Vie de Bd.- Ls. Beaulieu, prêtre de la Société des Missions étrangères, mort pour la foi en Corée, le 8 mars 1866 par l'abbé P.-G. Deydou,.... 1868 (p. 44)
Passage du Bienheureux abbé Pascal Vergez (1910-1944), martyr de l'Apostolat Catholique à Zöschen